Blog de la médiathèque La Passerelle

Samedi 13 septembre 2008

La débroussailleuse

Classé dans : 1, Atelier d'écriture — mediablv @ 15:43
A la campagne, j’ai une vieille maison et un voisin paysan.
Il a de très belles vaches, tachées de blanc et de roux. J’adore les regarder brouter l’herbe verte.
Mon voisin a aussi quelques hectares de vigne très bien exposés sur les coteaux de l’Ardèche, juste au dessus du Rhône face à Saint-Vallier dans la Drôme. Des vignes qui donnent un très bon vin de St Joseph.
Sa propriété et la mienne se trouvent sur la commune de Sarras. Ce sont deux petits hameaux. Labbé, le sien a toujours été habité. Le mien a été déserté pendant près d’un siècle. Si vous passez par Sarras vous trouverez son nom indiqué sur les panneaux de la commune: Goudivet

Quand j’ai découvert ces ruines il y a déjà dix ans, j’en suis tombé immédiatement amoureux. On devinait quelques toits, quelques murs, des pierres envahies par les ronces.
Des ronces, des ronces, tellement hautes qu’elles cachaient les restes de la maison. Dans la cour intérieure, ces ronces cachaient même le soleil.
A quatre mains, celles de la femme de ma vie et les miennes, nous avons pendant plus d’une année, coupé, taillé, arraché, et brûlé .
Et pendant ce temps,du haut de sa terre, Mon voisin, me regardait reconstruire
Il me regardait, mais il ne m’aimait pas. Je le sentais.
Au début des travaux, le chemin d’accès n’était pas empierré et j’avais de grosses difficultés à m’ approvisionner en matériaux de construction.
Il existait bien un droit de passage qui traversait l’un de ses prés mais il me l’avait toujours refusé.
Mon voisin me regardait souvent quand je bricolais, mais je le voyais bien, il ne m’aimait pas, il ne me parlait pas.
J’étais sans doute le «vilatou », celui qui venait de la ville pour lui manger son pain, pour lui polluer son air.
Les années passaient et il ne m’aimait toujours pas.
Un matin, je me rappelle: il faisait très, très beau ce matin là, je suis monté en haut de mon pré pour débroussailler .
A midi, j’avais bien avancé mon travail. Il me restait à nettoyer un petit bout de terrain, aux limites de la terre de mon voisin.

Assourdit par le bruit du moteur de la débroussailleuse, je n’ai rien entendu, je ne l’ai pas vu venir.

Mais il était là, tout près de moi, à deux pas, il me regardait sans rien dire .
Mon voisin me regardait, son éternelle casquette vissée sur la tête.
Nos regards se sont croisés. Le temps s’est arrêté. nous restions là figés par la surprise. J’ai coupé le moteur de ma machine et le silence s’est installé.
Et d’un seul coup, sa bouche s’est ouverte, un son est sorti, j’ai cru a un miracle, un miracle: il avait parlé, il parlait, mon voisin parlait.
Ce n’était pas un rêve, c’était lui, bien lui et il me parlait.
Il a dit -vous avez une belle machine, elle fait du bon boulot
et puis Il a ajouté que j’avais reconstruit une belle maison, qu’elle était refaite comme autrefois, que j’avais respecté le travail des anciens.
Il m’a même affirmé que c’était la plus belle des environs. Abasourdi, je l’entendit s’ engager à détruire et dégager les ronces de son pré parce qu’elles cachaient les murs de notre maison.
Il avait emporté avec lui son casse croûte. J’avais le mien. Nous avons partagé un bout de pain. J’ai bu de son vin. Nous avons encore parlé, parlé, de tout et de rien. Nous avons oublié notre travail et parlé jusqu’à la nuit.
Ma femme inquiète est venue me chercher en haut du pré pour le souper.
Mon voisin a tenu sa promesse. Le dimanche suivant, il a passé toute la journée à débroussailler son pré. Le soir, de loin, on voyait la façade de la maison.
Depuis ce jour là, mon voisin est devenu mon ami, un ami, un vrai.
Il surveille ma maison quand je ne suis pas là et dès que nous en avons l’occasion, nous parlons, nous parlons de tout et de rien, de la pluie et du beau temps.
Il me donne des conseils pour soigner nos animaux ou nos arbres, des conseils d’anciens qu’il tient de son père et de son grand père.

Nous parlons des heures, chez lui où chez moi, dans sa cave où dans ma cave, et on s’ouvre une bonne, très bonne bouteille de vin de Saint Joseph.

Henri Ravachol, retraité

Les dernières volontés du papillon

Classé dans : 1, Atelier d'écriture — mediablv @ 15:43

Ce matin, après qu’Antoine se soit endormi, je suis sorti  fumer une cigarette dans le jardin .
Sur les bord de la pelouse, je découvris un papillon trés mal en point. C’était un très gros papillon,  ses blessures étaient dues au fait qu’il avait, croisé le chat…  il ne restait de ses ailes que les nervures principales, je réussis toutefois à l’identifier, il s’agissait d’un sphinx du peuplier. Dans un premier temps, il me vint a l’esprit d’abréger ses souffrances, il avait une grosse entaille sur la partie supérieure de l’abdomen qui ne lui laissait que peu d’espoir. Cette idée me parue rapidement incongrue.  Le papillon voulait se déplacer  et il y parvenait.
- Pourquoi vouloir se déplacer dans cet état?
- Ce papillon avait il quelque chose d’important à faire ?
- Un rendez-vous peut être?
Je le regardait de plus près: il s’agissait d’une femelle et cette femelle de sphinx du peuplier était pleine.
Voila donc pourquoi elle voulait se déplacer. Elle voulait déposer ses oeufs.
Il me fallait donc  lui trouver l’arbre adéquat à la ponte, mais problème : il n’y pas de peuplier dans mon jardin .
Pondrait-elle sur un autre arbre à feuilles caduques qui pourrait convenir à ses chenilles ?
Je tentai donc de la déposer (à l’abri du chat) sur une branche de saule, puis d’érable. Elle s’accrocha difficilement et finit par tomber sur l’herbe parsemée de pissenlits.
Je la gardais donc dans ma main en attendant de trouver une solution. je réfléchissais : Non loin de chez moi se trouvent des peupliers en abondance.   Mais voilà que aprés quelques minutes passées dans le creux de ma main, se sentant probablement en sécurité,  le sphinx se mit à pondre.

Un oeuf, puis deux, puis trois ….en 5 minutes, elle  pondit une vingtaine d’oeuf  dans la paume de ma main.Etonnant  pour un insecte qui ne pond  habituellement qu’un ou deux oeufs sur le même arbre. surpris et ému,  il me fallut prendre une décision quant à l’avenir de ces oeufs et de leur mère. Cette femelle de sphinx du peuplier me confiait donc sa descendance . Je me devais de  mériter sa confiance.

Antoine s’est réveillé, je l’ai emmené dans une allée bordée de  peupliers. J’ai déposé le sphinx sur l’un d’entre eux, afin qu’elle puisse  finir sa vie sur un arbre familier.
Quant aux oeufs, vous vous en doutez ils sont entre de bonne mains.
Je garderai les chenilles à l’abri des  prédateurs pendant leurs deux premiers stades (5 stades avant la chrysalide) puis les déposerai par un ou deux par peuplier dans un coin de nature éloigné de l’homme (et des chats si possible). Ils vivront… je vous le promets.

Le métro

Classé dans : Atelier d'écriture — mediablv @ 15:43
L’autre soir, je prenais la ligne 2 du métro parisien. Ligne qui passe par le nord et les quartiers encore populaires de Paris.
Une ligne que j’aime bien, parce qu’elle sort des entrailles de la terre pour devenir aérienne, et que toute la france semble s’y croiser.
Ce fameux soir donc, une petite dizaine de personnes partageait mon wagon, dont un monsieur abimé par l’âge et l’alcool, qui pestait de plus en plus fort contre les homosexuels, à grand renfort de gestes violents.
En face de lui, debout, un jeune homme à la beauté sculpturale le fixait.
A la faveur d’une pause dans la diatribe de l’homophobe éméché, il s’est penché vers lui, et lui a glissé, tout doucement : “moi, je suis pédé”.
Le soûlard arrête net ses insultes, estomaqué.
Je me lève pour ajouter : “moi aussi je suis pédé”.
Écroulée de rire, une jeune fille sur la banquette d’en face, renchérit : “bah, si tout le monde est pédé, moi aussi j’en suis !”.
En quelques dizaines de secondes, tout le wagon s’était joint à ce cri du coeur, clamant son homosexualité, réduisant à des bafouillements le discours aviné. Celui qui, quelque secondes avant, voulait “casser la gueule à tous les enculés” s’est retrouvé à marmoner que finalement, il n’avait rien contre les pédés, c’est juste qu’il ne comprenait pas, parce qu’il trouvait ça tellement beau, une femme…

Johanna Dannreuther

Atelier d’écriture

Classé dans : Atelier d'écriture — mediablv @ 15:43
La Médiathèque La Passerelle de Bourg-les-Valence, lieu de culture et de création à part entière a choisi de donner la possibilité a ses lecteurs de se plonger dans le plaisir de l’écriture.
Un projet a aussitôt été mis en place par sa directrice Madame Claude Mogès .
Il s’agit d’un Atelier d’écriture dont l’objectif final était la publication d’un livret et un spectacle de lecture des textes produit par les stagiaires de l’atelier.
Ce sont quelques uns des textes de cet atelier dirigé par Dolores Toledano que nos lecteurs auront la primeur de découvrir tout au long de l’été.

L’appel des mots

Classé dans : Atelier d'écriture — mediablv @ 15:43
Ce soir-là j’appelle mon frère.
Nous ne nous sommes pas parlé depuis longtemps.
- Allo Djé, c’est Sév, ça va?
- Oui, très bien et toi?
- Pas mal, merci.
C’est comme ça, on se manque, on s’appelle;
mais le téléphone reste une barrière infranchissable.
Je poursuis donc sur des banalités: le boulot, les parents …
Pourtant une question me brûle la langue, je suis curieuse :
- a-t-il une amoureuse ?
Il n’aborde jamais le sujet et j’adore le titiller.

Badine, je lui lance:
- Et ta Juliette comment elle va?
J’adore donner des surnoms: tout le monde s’appelle John ou Lucette.
Je zappe souvent les prénoms.
Blanc, puis sa voix assurée assène
- De quoi tu parles?
Et moi de rétorquer:
- Bah, je m’informe, tu n’aurais pas une amoureuse par hasard?
Agacé, il lance:
- Ha ! Tu ne vas pas faire comme maman, hein?
comprenant que je n’en tirerai rien, un brin déçue, je clos la conversation:
- Bien, bonne soirée, alors !
Quelques semaines plus tard j’apprends l’existence d’une amoureuse.
- Vous savez quoi ? Elle s’appelle Juliette.
Severine

Le Cadeau

Classé dans : Atelier d'écriture — mediablv @ 15:43
J’aime bien choisir un gâteau dans la boulangerie de Madame Gros Ventre. (C’est ainsi que mon amoureux et moi la nommons; ma boulangère est ronde comme une brioche. Depuis que nous fréquentons sa boutique, elle a déjà eu trois enfants.
J’adore son accueil chaleureux, elle me donne cette impression d’être reçu comme une amie. Derrière le comptoir chargé de cakes parfumés, son mari et elle, les mains enfarinées créent des merveilles. Le dernier né, un mignon bébé de 8 mois assis sur la hanche de sa maman participe à la vie de la boulangerie.
J’attends mon tour patiemment en admirant la magnifique exposition de gâteaux. Les odeurs sucrées, de pains chauds m’enveloppent et envahissent mon imagination.
A petits pas, je fais des aller/retour le long du présentoir, les papilles en fête. Lequel vais-je choisir aujourd’hui? La tarte aux pommes si fondante ou l’éclair au café crémeux si rare? En effet, j’ai surpris mon boulanger qui les faisait disparaître dans sa bouche…
C’est mon tour! -Mousse de framboise ou cake aux marrons?
Mon hésitation fait sourire Madame Gros Ventre. Je me décide pour ma préférée, la tarte aux pommes. Je cherche mon porte monnaie dans mon sac. Aucune trace du porte monnaie! Mes joues s’enflamment. je fouille frénétiquement mon sac dans l’espoir de trouver une pièce. Je bégaie : il doit bien être quelque part! Après avoir vidé mon sac sur le comptoir, je déniche enfin une pièce d’un euro dans l’une de mes poches.
Hélas, ce n’est pas suffisant. J’abandonne. «Tant pis, ce sera pour la prochaine fois ». Je m’apprête a sortir quand soudain une voix masculine déclare:
« Je vous l’offre ».
Je suis stupéfaite.
Le regard rieur est sans ambiguïté. Je rougis de plus belle.
Voici que Madame gros ventre me tend l’objet de ma convoitise dans un petit paquet, joliment enrubanné. Pendant ce temps mon bienfaiteur achète une baguette de pain et me glisse sur un ton amusé:
« La gourmandise, c’est profiter de la vie, prenez votre tartelette ».
Je n’hésite plus, je balbutie un remerciement.
Je sors avec mon cadeau
Je tremble un peu, je m’assois sur le premier banc venu. incroyable je viens de recevoir un cadeau d’un inconnu. C’est si bon.
J’aime bien choisir un gâteau dans la boulangerie de Madame Gros Ventre. (C’est ainsi que mon amoureux et moi la nommons; ma boulangère est ronde comme une brioche. Depuis que nous fréquentons sa boutique, elle a déjà eu trois enfants.
J’adore son accueil chaleureux, elle me donne cette impression d’être reçu comme une amie. Derrière le comptoir chargé de cakes parfumés, son mari et elle, les mains enfarinées créent des merveilles. Le dernier né, un mignon bébé de 8 mois assis sur la hanche de sa maman participe à la vie de la boulangerie.
J’attends mon tour patiemment en admirant la magnifique exposition de gâteaux. Les odeurs sucrées, de pains chauds m’enveloppent et envahissent mon imagination.
A petits pas, je fais des aller/retour le long du présentoir, les papilles en fête. Lequel vais-je choisir aujourd’hui? La tarte aux pommes si fondante ou l’éclair au café crémeux si rare? En effet, j’ai surpris mon boulanger qui les faisait disparaître dans sa bouche…
C’est mon tour! -Mousse de framboise ou cake aux marrons?
Mon hésitation fait sourire Madame Gros Ventre. Je me décide pour ma préférée, la tarte aux pommes. Je cherche mon porte monnaie dans mon sac. Aucune trace du porte monnaie! Mes joues s’enflamment. je fouille frénétiquement mon sac dans l’espoir de trouver une pièce. Je bégaie : il doit bien être quelque part! Après avoir vidé mon sac sur le comptoir, je déniche enfin une pièce d’un euro dans l’une de mes poches.
Hélas, ce n’est pas suffisant. J’abandonne. «Tant pis, ce sera pour la prochaine fois ». Je m’apprête a sortir quand soudain une voix masculine déclare:
« Je vous l’offre ».
Je suis stupéfaite.
Le regard rieur est sans ambiguïté. Je rougis de plus belle.
Voici que Madame gros ventre me tend l’objet de ma convoitise dans un petit paquet, joliment enrubanné. Pendant ce temps mon bienfaiteur achète une baguette de pain et me glisse sur un ton amusé:
« La gourmandise, c’est profiter de la vie, prenez votre tartelette ».
Je n’hésite plus, je balbutie un remerciement.
Je sors avec mon cadeau
Je tremble un peu, je m’assois sur le premier banc venu. incroyable je viens de recevoir un cadeau d’un inconnu. C’est si bon.
Assina Benbetka née le 22 avril 1964, graphiste/illustratrice, habite le joli village d’Etoile.

Rendez-vous manqué.

Classé dans : Atelier d'écriture — mediablv @ 15:43
La silhouette massive de la gare se découpe. L’horloge extérieure indique déjà six heures trente huit. Il me reste quatorze minutes avant le départ du TGV. Je n’aime pas les mouvements précipités ; ils sont antinomiques de la notion de sécurité dont tout déplacement doit être empreint. Aujourd’hui, il me faut recouvrir le calme et la sérénité pour aborder efficacement cet entretien d’embauche. La journée a mal débuté ; elle n’est que la continuité d’une nuit agitée. Insomnies et inquiétudes partagèrent mon lit. Elles m’attrapèrent sans ménagement et me contraignirent aux répétitions mentales d’arguments clés à asséner au bon moment à mon interlocuteur. Elles me forcèrent à trouver une solide parade pour les six derniers mois de chômage. Les mots, le ton et l’attitude devaient se rencontrer pour fusionner dans une crédibilité à toute épreuve. Les résultats ont été décevants : j’ai eu trop chaud et j’ai fini par m’endormir une heure avant l’échéance du réveil. J’ai pris pied sur cette journée du cinq juin, à exactement six heures et treize minutes, dans une panique intégrale. Toutes les étapes d’un processus normal de préparation matinale pour un être humain standard ont été irrémédiablement télescopées. Certaines, qui relèvent de rituels incontournables, comme la prise d’un café ou le brossage des dents, furent annulées. Le rasage, jugé approximatif, fut interrompu et le rasoir jeté dans l’attaché-case où il a rejoint la brosse à dent, le dentifrice, la cravate, une banane et deux exemplaires de mon curriculum vitae. Enfin, j’ai pu rouler sans problème et trouver facilement un emplacement où stationner. Le sifflet d’un agent de la SNCF retentit au moment où je franchis la passerelle enjambant les voies et m’ouvrant les portes de la gare. Pour sûr, le Destin me fait un signe en m’accordant les honneurs normalement réservés à un officier accédant au pont d’un navire ! Il est six heures quarante deux. J’attends mon tour pour retirer mon billet de la borne automatique. Trois appareils, même au petit matin en province, c’est insuffisant. Si cette jeune femme consentait à ne pas demander l’affichage de tous les trains possibles et imaginables avant de choisir, cela me soulagerait. C’est de la télépathie ! d’un geste las , elle abandonne l’automate. Je lui succède. Avec l’assurance d’un grand voyageur confirmé qui n’a plus qu’à retirer le billet réservé la veille par téléphone, je j’écrase la pulpe de mon index sur l’écran tactile. Celui-ci, blasé, témoigne d’une lenteur proche de l’indifférence. C’est le moment décisif où, pour me reconnaître, l’automate me réclame l’insertion de ma carte de crédit. Tout à coup, une femme, à la mise aussi peu soignée que la mienne, m’apostrophe. -« Non mais il ne faut pas vous gêner. J’étais là avant vous ! ». -« Il y a trois automates, donc il y a trois files. Moi, j’attendais ici. La place s’est libérée, maintenant c’est mon tour ! C’est clair ? ». Les mots, le ton et l’attitude sont, cette fois, tombés en phase. Un rien menaçant. Effet atteint. Adversaire neutralisé. Elle tente vainement de réaliser une coalition inopinée avec les voyageurs présents. Ceux-ci n’ont qu’une ambition : accéder à leur tour à l’automate salvateur. Devant son échec, elle se noie dans sa file d’attente. La machine, un brin jalouse et capricieuse, en profite pour me signaler que la transaction a échoué et que, tout compte fait, elle ne me reconnaît pas. Nouveau parcours tactile de mon index et même indifférence de l’automate. Six heures quarante sept, Je me rue aux guichets. Devant l’urgence de mon cas, j’obtiens de la seule personne constituant la file d’attente le droit de lui prendre sa place. Je suis à présent devant l’opérateur J’exprime sans retenue mon désarroi. Je m’aperçois alors que l’haleine que je dégage est vraisemblablement comparable à celle d’un grizzly sortant de six mois d’hibernation. Je comprends mieux mon succès auprès de la voyageuse vindicative. Ce n’est pas le choc des mots ou le regard appuyé mais banalement l’haleine fétide d’un stressé insomniaque qui l’a frappée. Le guichetier regrette le temps de l’hygiaphone. Il semble aussi pressé que moi d’en finir. Je lui tends ma carte de crédit. D’un geste au professionnalisme exacerbé, il la frotte sur sa cuisse avant de l’introduire dans le lecteur. Le miracle de six heures cinquante se produit je me vois enfin recevoir mes titres de transport. Repère W, voiture treize, place cent trois. Dans un ballet finement orchestré, le TGV et moi arrivons simultanément au quai. Tiens, mais c’est mon emmerdeuse ! Elle embarque voiture treize. Je la vois s’installer au milieu du wagon. Sous le prétexte du rangement de mon bagage, je l’épie discrètement. Elle pose son ordinateur sur la tablette et s’installe sur les deux sièges opposés. . Fatiguée, elle a revêtu un masque oculaire et s’allonge sur les deux sièges formant banquette en prenant une position de fœtus. Je la laisse s’éloigner dans le sommeil en m’approchant de ma place. Je savoure la satisfaction d’avoir vaincu, une fois encore, les embûches sournoises de la vie. Je suis parvenu à prendre place dans ce TGV de six heures cinquante deux m’emmenant assurément vers la capitale et la reconnaissance sociale d’un emploi mérité. Le train a quitté la gare depuis quinze minutes ; elle doit s’être assoupie. Je me lève, et vais vers elle comme une personne cherchant sa place. Arrivé à sa hauteur, je prends un air navré et je tape poliment, mais vivement, sur son épaule pour annoncer : -« Madame, je crois que vous êtes assise à ma place ! ». Elle soulève l’écran qui lui masquait les yeux et marmonne un « excusez-moi » à faire pleurer un tortionnaire chilien à la pire période de Pinochet. Elle se redresse, et semble subir une décharge électrique toujours. Elle m’a reconnu. Je conserve mon air contrit pendant qu’elle se rechausse et regagne sa place. Je m’assois face à elle. La tête appuyée sur le coussinet du dossier, son manteau jeté en couverture, elle fuit dans le sommeil. J’attends quelques minutes. Je me lève pour saisir un magazine abandonné sur l’étagère supérieure. Elle se redresse en m’adressant un regard où je peux lire tout à la fois sa fatigue, son appréhension de me savoir si près d’elle et la petite flamme chauffant la rébellion tant désirée. La lecture du magazine vantant les mérites du TGV ne me distrait pas de la guérilla entreprise. Une dizaine de pages plus tard, je me redresse soudainement en heurtant sa jambe. Elle a compris que je lui refuse le repos auquel elle aspirait. Ouvrant alors son ordinateur portable, elle tente une diversion vers le travail. Sa concentration acquise, j’interromps son travail de rédaction pour lui annoncer que, je peux lui restituer les sièges qu’elle avait investi car je peux m’installer là-bas, puisque la place cent trois semble libre. Je m’installe de nouveau et jubile. Une maîtrise parfaite de la situation qu’il me faudra restituer sur le front de l’entretien d’embauche. Je constate mon succès entre les sièges nous séparant. Je suis bien parvenu à lui faire perdre le sommeil à cette. Je fais coulisser mon siège et glisse tranquillement vers un repos réparateur. Arrivée dans quinze minutes. Je me contorsionne dans l’étroit réduit baptisé « toilettes » pour parvenir à me raser convenablement malgré les mouvements du wagon. Je me lave les dents en étant contraint de me rincer avec cette eau si particulière qu’on hésiterait à l’utiliser pour arroser les fleurs. L’épreuve de la cravate me prive de mes mains et les soubresauts sont tels que je me demande si le train n’a pas quitté les rails pour le charme d’un chemin vicinal. Je peux enfin quitter l’endroit convoité par trois ou quatre personnes qui portent sur leur visage l’urgence qui les domine. Moi, je suis soulagé. Paris, 16 cours Pablo Picasso, un immeuble bas et moderne, « Zéphir consulting, recrutements et audits ». Je pousse la porte, explique à l’hôtesse l’objet de ma visite et j’attends. Il n’y a pas de siège. Enfin, une porte s’ouvre et une voix m’appelle. J’entre dans l’arène avec la fierté du matador sûr de lui. Face à moi, elle est là. Elle resplendit, encadrée par deux hommes alliant virilité, élégance et assurance. Mon sexe me quitte comme une feuille morte sa branche, mes jambes se dérobent. Je bredouille un « Bonjour » avec un faible hochement de tête de guillotiné. On m’invite à m’asseoir sur la petite chaise faisant face à trois confortables fauteuils. Les questions viennent. Mes réponses sont poussives, incomplètes et avortées. Je trébuche spontanément. Je leur épargne la nécessité de me tendre le moindre piège, . Sabordage complet. Elle ne fait aucune allusion à notre rencontre matinale. Au bout de quinze minutes, elle me remercie et me rappelle que sans réponse sous trente jours, il me faudra considérer que mon profil, bien que très intéressant, n’est pas en adéquation avec le poste à pouvoir. Je me lève et salue mon jury maladroitement. Conscient de ma piètre prestation, je me dirige vers la sortie, mon attaché-case à la main lorsque celui-ci me donne le coup de grâce. Il s’ouvre inopinément libérant sur l’épaisse moquette ma brosse à dents, mon rasoir, mon dentifrice, ma banane que je ne mangerai jamais et les deux CV inutilisés. Mon jury ne peut réprimer un fou rire qui me transperce comme la lame d’une épée. Je rassemble promptement mes affaires et m’esquive aussi vite qu’il m’est possible de le faire. Trente jours plus tard, aucune lettre ne m’est parvenue.
Martin Hesnoult. chef de projet dans l’informatique. Valence.

Ses pas l’ont guidé tout naturellement vers les Atelier de la médiathèque de la Passerelle où son
goût pour l’écriture n’attendait que ce catalyseur pour se réaliser. Son univers littéraire est en construction mais déjà l’absurdité de certaines situations et la solitude semblent en constituer l’ossature.

Hommage aux enfants CPE

Classé dans : 1, Atelier d'écriture — mediablv @ 15:42

Aujourd’hui 20 000 manifestants à Valence, 250000 à Marseille, 35000 à Grenoble

La France d’en bas n’est pas contente du tout.

Aujourd’hui pour la première fois depuis longtemps, les gens chantent, frappent dans leurs mains, huent et la CGT ose l’internationale dans la voiture- balai…. Hou Là là !!!

Sur le pick-up prêté pour l’occasion par un papa militant, deux pépettes de 18 ans, micros à la main se relaient, haranguant une foule consentante, ravie, joyeuse.

Emouvantes, le nombril à l’air, la grosse ceinture cloutée accusant les hanches,  les voilà qui scandent des rengaines- slogans:

- Si t’es contre le CPE, alors tape dans tes mains, allez! Allez !

Une manif comme une surboum.

Une marche-danse à l’allure de madison:

- un pas en avant, trois pas en arrière, c’est la politique du gouvernement !

Et aussitôt la foule printanière joue le jeu: se met en mouvement, avance, recule, avance de nouveau.

Les filles ont les joues roses, les garçons sont contents.

Une manif entre politique et drague-partie.

La vraie vie quoi !

Une manif de fête foraine: avec des bisous, de grands mouvements de bras, des regards qui basculent :

- Tous ensemble, tous ensemble, tous, tous !

Et des certitudes sans lendemains.

Aujourd’hui 20 000 manifestants à Valence, 250000 à Marseille, 35000 à Grenoble

La France d’en bas n’est pas contente du tout.

La ville est gaie, rieuse, brouillonne, étonnée.

Le soleil manifeste aussi, délicieux. Et les rires semblent plus forts, plus hauts plus vivants…

Et moi, (même si le cadavre de Staline pue encore fort) une envolée de drapeaux rouges: marée colorée battant au vent, avançant au rythme nonchalant de la promenade dans ces rues habituellement mortes d’ennui… ça me met le coeur en fête.

- Vous êtes fatigués ?

- On n’est pas fatigués !

Non, on n’est pas fatigué : ça ne fait que (re) commencer…

Mardi 22 juillet 2008

Pas à Pas : Le courrier électronique

Classé dans : Pas à pas — Mots-clefs :, , , , — mediablv @ 15:49

La médiathèque propose un nouveau guide pour vous familiariser avec le courrier électronique. Celui-ci vous guidera de la création de votre adresse à la rédaction de votre premier courrier. Vous pouvez consulter ce document dans l’espace “étude” de la médiathèque ou bien le télécharger en cliquant ici.

N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions au sujet de ce guide; celles-ci seront pris en compte pour nos prochaines publications.

Vendredi 18 juillet 2008

Exposition “La force noire”

Classé dans : Expositions — Mots-clefs : — mediablv @ 15:02

Du 11 Juillet au 2 Août 2008

Exposition La force noire

Cet été, la médiathèque propose une exposition sur la “force noire”, encore appelée “Tirailleurs sénégalais” ou “troupes indigènes” et sur leurs cent sept ans d’existence…

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